Féminisme : des livres à lire et à relire

Le féminisme est dans l’air du temps. Jamais les médias n’en ont autant parlé depuis l’affaire Weinsteinet la vague #metoo qui a suivie. Pourtant, force est de constater que cette idéologie reste encore assez méconnue. Il faut dire qu’elle peut faire peur tant l’image renvoyée est parfois caricaturale. En tant que féministe convaincue et lectrice passionnée, je pense qu’il n’existe rien de mieux qu’un bon bouquin pour essayer de comprendre et, peut-être, forger ses convictions. Je vous présente aujourd’hui une sélection non exhaustive et totalement discrétionnaire de livres sur le sujet.

Beauté fatale, de Mona Chollet

Voici LE livre grâce auquel j’ai commencé à me revendiquer féministe. J’ai toujours eu conscience qu’il y avait un problème quelque part, comme un vague sentiment d’injustice et de colère qui s’agitait à l’intérieur de moi, mais j’avais plutôt tendance à mettre ce que je ressentais sur le compte de mon tempérament de râleuse. C’est en lisant Beauté fatale que j’ai pris conscience de toutes les obligations que j’ai pu intégrer en tant que fille depuis ma naissance.

Dans cet essai, la journaliste Mona Chollet démontre comment les industries de la mode et de la beauté ont construit et entretiennent une image stéréotypée de la femme à coup d’idéaux impossibles à atteindre (le fameux 90-60-90, notamment). Elle étudie aussi les ravages que peuvent avoir ces injonctions sur les femmes : régimes drastiques, honte de la peau noire, dépenses inconsidérées pour rester dans la tendance, etc. Le pire, c’est que les femmes ont intégré toutes ces obligations depuis longtemps et les conçoivent même comme une évidence, voire carrément une partie de leur identité. Comme toujours avec Mona Chollet, c’est brillant, accessible, franchement engagé tout en étant très argumenté.

« La question du corps pourrait bien constituer un levier essentiel, la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences conjugales à celle contre les inégalités au travail en passant par la défense des droits reproductifs. »

Beauté fatale, de Mona Chollet | La découverte, 296 pages

Ces hommes qui m’expliquent la vie, de Rebecca Solnit

Un titre un brin trompeur pour cet essai passionnant qui va bien plus loin que le mansplaining (cette manie qu’ont certains hommes de croire qu’ils connaissent mieux la vie que les femmes et de le leur dire). Ce concept maintenant bien connu a été théorisé par Rebecca Solnit dans un article de 2008.

Outre cet article, Ces hommes qui m’expliquent la vie regroupe huit textes dans lesquels Solnit déroule sa vision du féminisme, une vision très égalitariste, loin d’un féminisme que certains pourraient qualifier d’hystérique. Les thèmes abordés sont aussi variés que les violences faites aux femmes, l’affaire Strauss-Kahn (et le rapport entre pouvoir et violence) et le mariage pour tous.

C’est intelligent, étayé par des chiffres, nerveux mais mesuré. Rebecca Solnit se refuse d’ailleurs tout au long du livre à généraliser certains comportements masculins. Et c’est même parfois très drôle ! Un livre à recommander à ceux qui s’intéressent au sujet mais aussi à offrir à vos amis intolérants à ce genre d’idées, certains textes pourraient bien les forcer à revoir leur conception des choses… J’irai presque jusqu’à qualifier cet ouvrage de lecture d’utilité publique.

« L’entrejambe n’est pas le foyer de l’intelligence — même s’il est vrai que votre zizi pourrait vous permettre de recopier dans la neige l’une des longues phrases mélodieuses de Virginia Woolf sur le subtil assujettissement des femmes. »

Ces hommes qui m’expliquent la vie, de Rebecca Solnit | Aux éditions de l’Olivier, 176 pages

Bad Feminist, de Roxane Gay

Un certain nombre de femmes peuvent ressentir un certain malaise vis-à-vis du féminisme car il imposerait de se départir d’un certain nombre de comportements « féminins » auxquels elles tiennent. Dans l’imaginaire collectif, en effet, la féministe apparaît encore trop souvent sous les traits d’une vieille soixante-huitarde aux aisselles poilues et mal fagotée.

C’est justement le propos de Bad feminist : on peut être féministe sans être parfaite. Car Roxane Gay est lassée par les nombreuses divergences au sein du mouvement féministe. Et aux femmes qui se défendent d’être féministes, elle rétorque que la défense de l’égalité des sexes ne dispense pas d’assumer ses contradictions, parmi lesquelles danser sur du hip-hop où le mot bitch revient toutes les dix secondes ou regarder une série un peu débile.

Ce livre rassemble une série de chroniques écrites par Roxane Gay et publiées dans la presse américaine. Dans ces textes, elle aborde des sujets aussi variés que l’homosexualité, l’amitié entre femmes, le sexe, la contraception, à chaque fois sous un angle très personnel. Le récit se fait la plupart du temps à la première personne du singulier, et c’est cette intimité avec Roxane Gay qui donne justement à ce livre une grande partie de son intérêt.

« Il faut garder en tête que la réputation du féminisme n’a rien à voir avec ses idées et tout à voir avec le discours hostile de ses opposants. Et si l’égalité entre les sexes vous pose un problème, demandez-vous pourquoi. »

Bad Feminist, de Roxane Gay | Chez Denoël, 464 pages

Flâneuse, de Lauren Elkin

J’ai hésité à vous parler de ce livre car il n’a pas encore été traduit en français. Comme j’ai ouïe dire de source sûre que la traduction est en cours, j’ai finalement décidé de l’intégrer à cette petite sélection. L’idée de ce livre est partie d’un constat : il n’existe dans l’Histoire officielle aucun pendant féminin au personnage romantique du flâneur incarné par des illustres auteurs tel Beaudelaire ou Poe. Le mot « flâneur », entendu comme un personne qui flâne, n’a même pas de féminin. SI le mot flâneuse existe, il désigne une « sorte de chaise longue articulée », un transat quoi…

Dans ce livre, Lauren Elkin réhabilite le personnage de la flâneuse. Elle rend hommage aux femmes artistes qui ont arpenté la ville pour y puiser l’inspiration. Elle leur redonne vie et explique l’impact qu’a pu avoir la rue sur leurs oeuvres. On suit ainsi les pas de Virginia Woolf à Londres, d’Agnès Varda dans le quatorzième arrondissement de Paris, de George Sand dans le quartier de Saint Michel ou encore de Sophie Calle à Venise.

Lauren Elkin, flâneuse revendiquée, se met également en scène. Elle témoigne de son amour pour les grandes villes et en particulier de Paris, où elle vit aujourd’hui. C’est un livre passionnant qui fournit autant de références littéraires que de sujets de réflexions.

« Je marche car c’est un peu comme lire un livre. Vous êtes au courant de vies et de conversations qui n’ont rien à voir avec les vôtres, mais vous pouvez les écouter. Parfois, il y a trop de monde ; parfois les voix sont trop fortes. Mais il y a toujours quelqu’un. Vous n’êtes pas seul. Vous marchez en ville aux côtés des vivants et des morts ».

Flâneuse, de Lauren Elkin | Chez Penguin, 336 pages

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